“Le modèle actuel de l’école inclusive est à bout de souffle”
3 questions à Dominique Momiron, IEN ASH retraité et spécialiste de l’inclusion. Fenêtres sur Cours
DOMINIQUE MOMIRON, spécialiste de l’inclusion, IEN ASH retraité
POURQUOI DE PLUS EN PLUS D’ÉLÈVES SONT SANS AESH ?
La hausse des notifications d’AESH – 10 à 11% par an selon la Cour des comptes – crée un effet de ciseaux entre des besoins cumulés et la saturation des ressources humaines. La cause structurelle est la réduction de l’école inclusive à la seule compensation par les AESH, devenue priorité gouvernementale car maîtrisable en termes de chiffres et de budget.
Dans l’imaginaire administratif, l’accompagnement humain règle tout, alors qu’il ne traite pas la racine du problème de l’accès aux savoirs. En regard, le temps partiel imposé aux AESH, leur faible rémunération, leur formation superficielle et l’absence de stabilité d’emploi ou d’affectation entraînent un tarissement du vivier.
QUE FAIRE ÉVOLUER ?
D’abord revaloriser et professionnaliser le métier d’AESH. Le sortir de la précarité en l’intégrant à un corps de fonctionnaire de catégorie B, avec des perspectives de carrière. Le doter d’un temps plein à l’instar du temps enseignant, dérogatoire aux 35h. Et renforcer la formation initiale, en cessant d’envoyer les AESH sur le terrain dès le recrutement. Enfin clarifier les missions de compensation qui ne consistent pas à concevoir l’accessibilité aux savoirs.
Le rôle des AESH n’est pas didactique et ne peut répondre à tous les besoins pour rendre l’école inclusive. C’est à la formation des PE que l’accessibilité universelle des savoirs doit être intégrée pour faire de l’inclusion la matrice des enseignements. Enfin, des temps de concertation identifiés et compris dans le service doivent permettre aux PE, AESH et personnels du médico-social d’apprendre à travailler ensemble.
COMMENT ENVISAGER LA COLLABORATION PE/AESH ?
Le modèle actuel de l’école inclusive est à bout de souffle. S’y accrocher revient à créer un
« sous-prolétariat » au nom de valeurs qu’on ne se donne pas les moyens de respecter. L’inclusion ne doit plus être un « secteur » à part mais l’identité même de l’école. La collaboration PE/AESH prend tout son sens dans un système fondé sur l’accessibilité, c’est-à-dire une école émancipatrice qui respecte la Convention internationale des droits de l’enfant. On peut alors y repenser l’interface entre les missions distinctes du binôme professionnel PE/AESH. Pour ce faire, l’expérience montre que des formations locales inter-métiers fonctionnent très bien.
“Le modèle actuel de l’école inclusive est à bout de souffle”
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