Communiqué du SNPES-PJJ/FSU concernant la communication du ministère de la justice qui évoque la « visite » d’un youtubeur dans une prison.

Un véritable scandale.

Paris, le 28 mai 2026

LA JUSTICE SOUS INFLUENCE : LE MINISTÈRE DÉROULE LE TAPIS ROUGE AU MASCULINISME

Vlog carcéral et pâmoison institutionnelle                                                                                                                            Le 26 mai 2026, la Délégation à l’information et à la communication du ministère de la Justice  (SG/DICOM) s’est fendue d’un message d’autosatisfaction surréaliste diffusé à l’ensemble de ses agent.es. L’administration y fait fièrement la promotion d’une vidéo YouTube tournée au centre pénitentiaire pour femmes de Rennes.

Cette opération de communication est d’un ridicule affligeant : la réalité complexe du milieu carcéral s’y retrouve esthétisée et ubérisée. Elle est réduite à un vlog insipide aux allures de Club Med, où l’on s’étonne avec candeur de l’absence de réseau Wi-Fi et où la salle de musculation de la prison est puérilement rebaptisée « le temple ». Se cacher derrière une communication aussi hors-sol pour faire oublier le délabrement de la Justice relève d’un mépris total pour la réalité du terrain.

Le masculinisme toxique érigé en partenaire officiel
Mais qui est donc ce visiteur de marque à qui le ministère déroule le tapis rouge ? Tibo InShape n’est pas un observateur neutre. Il s’avère être un redoutable VRP des idéologies réactionnaires, incarnant le fer de lance d’un masculinisme toxique et de l’hyper-individualisme.

C’est un businessman de l’attention qui s’est affiché complaisamment avec une essayiste issue des rangs de la Manif pour Tous pour valider l’idée qu’il faudrait imposer des rapports sexuels dans le couple « qu’on en ait envie ou pas », réhabilitant ainsi sans sourciller la notion de devoir conjugal et, de fait, le viol conjugal, devant des millions de jeunes. C’est aussi un prétendu coach de vie qui stigmatise les pathologies psychiatriques en hurlant « Rien à foutre de ta dépression ».
C’est enfin un influenceur rattrapé par des écrits ouvertement islamophobes, où il affirmait s’amuser à jeter « des côtes de porc sur les musulmans ». Ces propos ont été balayés d’un revers de main de sa part sans la moindre condamnation de fond, tout comme sa banalisation du mégenrage d’athlètes transgenres. Voilà à qui s’associe notre administration.

Schizophrénie d’État et naufrage moral
L’hypocrisie de cette sous-traitance communicationnelle est totale lorsqu’on la confronte aux valeurs de la République et aux propres rapports de l’État. En janvier dernier, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a explicitement sous-titré son rapport annuel 2026 « La menace masculiniste ».
Ce document institutionnel élève le masculinisme au rang d’enjeu de sécurité intérieure. Il alerte les pouvoirs publics sur le « bombardement massif » de contenus sexistes et virilistes sur internet, susceptibles de banaliser les violences et de légitimer le passage à l’acte chez les jeunes hommes.

La contradiction est vertigineuse. Comment le gouvernement peut-il simultanément sonner l’alarme contre cette épidémie idéologique et confier une promotion ministérielle à un youtubeur qui en est précisément l’un des relais les plus emblématiques ? Cette complaisance étatique ruine purement et simplement la crédibilité de toute politique publique en matière de lutte contre les violences sexistes.

Le SNPES-PJJ/FSU dénonce cette instrumentalisation honteuse du service public de la Justice à des fins de propagande. Nous dénonçons le naufrage moral et politique d’un ministère qui préfère s’acoquiner avec un influenceur banalisant les thèses les plus réactionnaires plutôt que de faire face au délabrement de la politique carcérale et la détresse des personnels. L’institution judiciaire, garante de la dignité et de l’État de droit, ne peut, en aucun cas, servir de marchepied à des idéologies sexistes et rétrogrades.

Nous exigeons du garde des Sceaux le retrait de cette propagande scandaleuse.